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Capture invit 8 fev 2017Le 8 février 2017 à l'invitation de la FNAB, du SYNABIO et de la Commission bio de Coop de France, les candidats ou leurs représentants se sont exprimés sur le Pacte bio 2017. Retour sur un début de campagne réussi pour la filière bio.

 

 

8 février 2017 : La bio entre dans la campagne présidentielle

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A l’invitation de la Commission bio de Coop de France, de la fédération nationale de l’agriculture biologique et du Synabio, la filière bio s’est présentée devant les candidat-e-s ou leurs représentant-e-s avec un Pacte bio signé par plus de 500 élu-e-s locaux et parlementaires de tous bords (près de 700 le jeudi 9 février : http://www.pactebio2017.com/ )

La bio, nouveau leader de croissance de l’économie agro-alimentaire, chiffres à l’appui

Il a été rappelé les principaux chiffres du secteur avec une croissance du marché 2016 : + 20% pour un marché bio 2016[1] : 6,9 milliards €. Des circuits de distribution variés qui font la spécificité et la durabilité de la filière : 44% en GMS, 36% en distribution spécialisée, 14% vente directe, 1 nouveau magasin bio ouvre / 2 jours. Le bio « Made in France » est plébiscité puisque 76% de la consommation bio française est fabriquée en France. 9 Français sur 10 ont consommé bio en 2015 dont 65% de façon régulière (> 1 fois/mois).

 

La production est au rendez-vous : 5,8% des surfaces agricoles françaises sont bio en 2016 et 21 nouvelles fermes converties chaque jour en 2016. Des transformateurs bio dynamiques également[2], chez qui on enregistre : des investissements records (+80% en 2014 et +50% en 2015), des gains de productivité historiques (hausse de 40% de la productivité en trois ans), des taux élevés de lancement de nouveaux produits (53% des entreprises ont lancé un produit dans l’année) et une forte dynamique de créations d’entreprises (+6% du nombre de transformateurs/distributeurs au 1er semestre 2016).

 

La France est le 1er producteur de volailles de chair bio en Europe et le second producteur d’œufs, viande bovine, porcine, lait. Elle se place au 2nd rang en volume de marché bio et nombre de préparateurs et au 3ème rang en termes de surface (derrière Italie et Espagne) et au 4ème rang en volume de produits bio destinés à la restauration hors domicile (derrière Allemagne, Suède et Italie).

 

La bio française peut donc encore se développer dans un marché global du bio en forte croissance.Le marché européen a été multiplié par 2,5 en 10 ans (28,3 Md en 2015) et le marché mondial multiplié par 5 en 15 ans (68 Md € en 2015, UE et Amérique du Nord : 90% du marché). Alors que la consommation bio représente 2,4% du total des achats alimentaires en France, des pays européens sont déjà fortement consommateurs en 2015, avec le Danemark (8,4% des ventes alimentaires), l’Autriche (8%), la Suède (7,7%) et l’Allemagne (4,4%).

 

Un consensus : faire de la France le 1er pays bio d’Europe

Devant une salle comble, Yannick Jadot, Philippe Martin pour Benoit Hamon, Laurent Levard pour Jean-Luc Mélenchon, Corinne Lepage pour Emmanuel Macron, Guy Vasseur pour François Fillon et Philippe Murer pour Marine Le Pen ont tous soutenu cette ambition nationale.

 

 

 

 

 

Ainsi, pour Guy Vasseur: « Il faut redonner de la compétitivité à l’agriculture dans un cadre européen (…) il n’y a pas de raison que l’agriculture biologique française ne soit pas la 1ère en Europe ». Pour Corinne Lepage : « c’est un souhait que nous partageons, il entre en résonnance avec l’engagement d’Emmanuel Macron pour l’Europe ». Pour Yannick Jadot : «Il faut que l’Europe construise sa souveraineté alimentaire autour de l’agriculture paysanne, et particulièrement de l’agriculture biologique. »

 

Si Benoit Hamon, et Philippe Martin et Corinne Lepage à titre personnel, ont d’ores et déjà signé le Pacte bio 2017 proposé par les acteurs de la filière, rendez-vous est donné aux candidat-e-s au salon de l’agriculture du 25 février au 6 mars pour une signature publique.

 

Pour Corinne Lepage (Emmanuel Macron) : « La seule question qu’il faut se poser c’est de savoir pourquoi dans ce pays nous n’avons pas été capables jusqu’à présent de développer massivement l’agriculture biologique. C’est à quoi s’attaque votre Pacte bio que j’ai signé personnellement et dont j’espère qu’il sera signé par tous. »

 

 

 

 

La bio, une priorité pour la réforme de notre agriculture et notre alimentation ?

Toutes les personnalités politiques, à l’exception de Guy Vasseur (François Fillon), ont fait le constat des impasses économiques, sociales et environnementales de l’agriculture conventionnelle aujourd’hui et donc du rôle moteur de l’agriculture biologique dans la transition de notre modèle agro-alimentaire.

 

Pour Philippe Martin (Benoit Hamon) : « Il y a ceux qui pensent que l’agriculture biologique est un itinéraire technique, une espèce de diversification de l’agriculture et ceux qui, comme moi, pensent que l’agriculture biologique est une philosophie qui est en lien avec la transition écologique et le modèle de production. (…) la reconversion écologique est une solution aux mutations de l’emploi et du travail bien plus sûre que la croissance. ».

 

Pour Corinne Lepage (Emmanuel Macron): « L’agriculture biologique est éminemment importante, car c’est non seulement important pour notre santé à tous, pour la qualité de nos sols, pour notre développement économique, mais c’est également pour tous les domaines de l’activité économique une sorte de modèle. Pour notre programme, il faut replacer les enjeux agricoles comme des enjeux d’alimentation et de santé, mettre en avant une politique des systèmes alimentaires, l’agriculture n’est pas l’affaire des seuls agriculteurs.»

 

Pour Philippe Murer (Marine Le Pen) : « On ne peut que se réjouir de la croissance des surfaces en bio et de la croissance de la consommation qui est très claire. Pourquoi ? Parce que l’agriculture biologique c’est protéger la terre, les hommes et la biodiversité animale et végétale (…) une agriculture saine. (…) Oui, les agriculteurs français peuvent faire massivement évoluer leur production vers le bio, oui, ils disent souvent quand on leur parle qu’ils le veulent et qu’ils le peuvent, mais qu’ils doivent être protégés pour le faire. Oui, des jeunes agriculteurs peuvent s’installer, oui l’agriculture française peut radicalement se transformer. »

 

Pour Laurent Levard (Jean-Luc Mélenchon) : « La France insoumise et son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, soutiennent pleinement votre Pacte pour l’agriculture biologique. En effet, notre projet est un projet de transition de l’ensemble de l’agriculture et du système alimentaire vers une agriculture écologique et paysanne. Dans ce projet, l’agriculture biologique occupe une place tout à fait centrale. Notre constat est que le modèle agricole et alimentaire aujourd’hui dominant ne répond plus à l’intérêt général quel que soit l’angle considéré. »

 

 

 

 

 

Pour Yannick Jadot : « Le bilan, tout le monde le connait, c’est un plan social, ce sont un ou plusieurs suicides de paysans par jour, un développement des maladies liées aux pesticides. Au pays de la bonne bouffe, un phénomène extraordinaire, l’alimentation devient suspecte. Nous devons traiter l’ensemble de ces questions et c’est qu’il y a une solution, c’est vous, pour répondre à ces enjeux de société. La force de votre mouvement aujourd’hui c'est qu’il a rencontré une attente et une réalité sur les territoires. Une attente des françaises et des français qui expriment de plus en plus dans leur acte d’achat la volonté d’une agriculture paysanne, de proximité et biologique, une attente par rapport à leur santé. » (…) Passer au zéro pesticide, ce doit être absolument notre objectif : il y a l’argent de la PAC, il y a une volonté citoyenne, si on aide les paysans à organiser leur transition, je suis sûr que ça peut être un beau projet pour notre pays. »

 

Enfin, pour Guy Vasseur (François Fillon) : « On ne peut pas être pour le développement de l’agriculture et oublier l’agriculture biologique. Non, c’est un élément essentiel. Il n’est pas question pour François Fillon d’opposer les types d’agriculture. C’est une chance pour la France d’avoir une telle diversité, dans les circuits longs, l’exportation, dans les circuits de proximité, le local, le développement et la consommation à partir des territoires. Pas d’opposition entre le conventionnel et le bio, je pense qu’il faut faire feu de tout bois : à la fois retrouver du développement et de la position au niveau européen, et surtout pour permettre de dégager du revenu au niveau de chacun des agriculteurs, qu’ils soient bio ou conventionnels. »

 

 

 

Comment et jusqu’où accompagner le changement d’échelle de la bio ?

Toutes les personnalités politiquesont appelé, à des degrés divers, à une réorientation des moyens du développement et des politiques agricoles vers les pratiques agricoles écologiques et en particulier l’agriculture biologique.

 

Prioriser les aides PAC vers la bio et rémunérer les services environnementaux

Pour Philippe Martin (Benoit Hamon), si les aides prévues dans le cadre de la PAC actuelle ne sont pas suffisantes, il faut les prioriser : « pardonnez-moi, mais un jeune de 30 ans qui veut passer en bio, j’y crois beaucoup, quand on a quelqu’un qui a un peu plus d’une soixantaine d’années, à qui il reste 5 ans et à qui on donne des aides (conversion) sans savoir si les terres vont rester en bio après, c’est quelque chose qui me pose un problème particulier du point de vue de l’usage des finances publiques. » Le programme de Benoit Hamon plaide pour un verdissement de la PAC à 2020.

 

Pour Yannick Jadot : « Allouons la moitié des fonds de la PAC sur les conversions, ça me paraît essentiel de trouver les moyens de financer la conversion, la structuration des filières pour alimenter l’ensemble de nos concitoyens. (…) ils (les Verts) s’étaient prononcés pour un plafonnement des aides de la PAC à 100K€ par exploitation. »

 

Pour Philippe Murer (Marine Le Pen) : « Pour produire massivement en bio (…) il faut diffuser les pratiques, les connaissances entre agriculteurs car produire en bio c’est plus complexe que produire avec un kit Monsanto (…) il faut des aides suffisantes pour la conversion en bio (…) et donc pas de plafonnement du budget de l’Etat pour les aides à la conversion en bio. »Le programme de Marine Le Pen propose de renationaliser la PAC.

 

Pour Corinne Lepage (Emmanuel Macron) : « Il propose un plan pour les services environnementaux de 220 millions d’euros destinés à rémunérer les pratiques vertueuses car lorsqu’on rend un service à la société, on doit être rémunéré pour cela et lorsqu’on détruit un service de la société on doit être pénalisé pour cela. C’est ça l’avenir et c’est dans cette logique là qu’Emmanuel Macron a décidé de se placer. »

 

Pour Laurent Levard (Jean-Luc Mélenchon) : « Notre projet d’agriculture écologique sera mis en œuvre dans le cadre d’une loi spécifique : elle suppose la conversion progressive de l’ensemble des agriculteurs aux principes de l’agriculture écologique et biologique.» Il a donc proposé dans le programme de la France insoumise un transfert des fonds du 1er pilier (aides à la production et aux revenus) de la PAC vers le 2ème pilier (mesures agri-environnementales) et un encadrement strict de celui-ci pour favoriser les mesures de transition écologique comme la bio.

 

 

 

 

 

Favoriser les filières locales et la restauration collective

Le consensus sur la nécessaire relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation s’appuie ici pour les personnalités politiques sur l’antériorité des filières bio locales. Le recours à la commande publique dans le cadre de la restauration collective publique est un levier bien identifié.

 

Pour Guy Vasseur (François Fillon) : « Sur la démarche territoriale et la ruralité, nous estimons que la ruralité est une chance pour notre pays.  (…) Qu’on soit dans l’UE ou pas, pour moi la question ne se pose pas, les élus locaux, quelle que soit leur sensibilité, et évidemment les républicains, sont dans la démarche [des Projets alimentaires Territoriaux]. Je souhaite que cette démarche puisse vivre pleinement parce que c’est à la fois l’agriculture, le bio, le territoire, et c’est forcément la richesse de notre pays. »

 

Pour Philippe Martin (Benoit Hamon) dans un objectif de relocalisation qui passe notamment par des ceintures vertes autours des villes et métropoles, il faut un programme de développement et soutien aux projets agroécologiques et une priorité à l’attribution du foncier agricole.

 

Pour Corinne Lepage (Emmanuel Macron) : « Vous voulez relocaliser l’emploi et vous avez raison, Amap, circuits courts, c’est dans cette logique là qu’il convient de se placer en n’oubliant pas que les agriculteurs sont des chefs d’entreprise et à ce titre un certain nombre de mesures sont proposées par Emmanuel Macron. » Le programme du candidat d’En Marche ! propose ainsi un plan d’investissement pour les circuits courts alimentaires durant toute la mandature.

 

Pour la consommation, Philippe Murer a par ailleurs proposé à Marine Le Pen lors d’une convention du collectif « nouvelle écologie » le 2 décembre 2016 que la TVA sur les produits bio soit supprimée, et qu’un « signal prix » fort soit envoyé aux producteurs et consommateurs avec une baisse de charges des exploitations bio pour une réduction de -10% du prix de leurs productions.

 

Pour Yannick Jadot : « Moi quand je défends l’agri paysanne, bio et une alim de qualité, ce n’est pas simplement pour la santé ou pour garder des paysans sur nos territoires, c’est aussi pour retisser des liens à l’échelle locale dans la société. (…) nous visons 100% de bio dans 5 ans. »

 

Pour Laurent Levard (Jean-Luc Mélenchon) : «La restauration collective représentera une priorité (du développement de l’agriculture biologique),  il faut un plan de transition dans la restauration publique collective avec 100% de bio dans 5 ans (…) le surcoût de l’introduction des produits biologiques en resto co peut être compensé par la baisse du gaspillage. (…) Notre projet est celui d’une agriculture paysanne car elle est la mieux à même de revitaliser les territoires et de créer des emplois. Notre objectif est non seulement de stopper l’hémorragie actuelle d’emplois agricoles mais également de créer 300 000 emplois. L’appui aux structures d’entraide et aux coopératives contribuera à développer cette agriculture paysanne. » Il a plaidé pour des mesures de rééquilibrage des territoires agricoles, de priorisation de la recherche publique vers les solutions concrètes attendues par les producteurs bio, d’évolution de l’enseignement agricole etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des inquiétudes et des dangers ?

Globalement, le développement de la bio apparait menacé par un risque de « conventionnalisation » et/ou de banalisation à la fois économique (prix en baisse, surproduction) et réglementaire (normes européennes en baisse). La confusion apparait parfois d’ailleurs avec l’idée que le règlement français serait supérieur à la norme européenne alors qu’il n’y a que celle-ci qui s’impose dans notre pays. Enfin, le risque d’une dualité de consommation alimentaire en France est posé par certains avec une filière bio qui serait réservée aux riches.

 

Pour Philippe Martin (Benoit Hamon) : « Ne pas devenir spectateur passif, il existe des inquiétudes, des dangers, comme une production dans des pays lointains aux conditions sociales dégradantes, ou que l’agriculture biologique soit victime de son succès avec des grands ensembles économiques qui s’en empare. (…) l’agriculture biologique ne doit pas devenir l’hologramme de l’agriculture conventionnelle. » Il a fustigé par ailleurs les chambres d’agriculture « optimisateurs de primes à la conversion » dans certaines régions.

 

Pour Yannick Jadot : « Notre idée, c’est que le bio soit une obligation de moyens. Il faut intégrer le principe du pollueur-payeur pour éviter que les paysans bio payent pour les épandages irresponsables de pas mal d’autres » (sujet de la proposition de seuil de decertification proposée par la Commission européenne, également abordé par Philippe Martin).

 

Pour Laurent Levard (Jean-Luc Mélenchon) : « Nous sommes pour des prix agricoles rémunérateurs, ceci implique des prix plus élevés pour les consommateurs, et ceci suppose non seulement une évolution des modes de consommation mais aussi une redistribution des revenus dans la société. Vous ne pouvez pas avoir une démocratisation de la consommation de produits agri de qualité, notamment bio, dans un contexte d’austérité, où une partie de la population a du mal avec les fins de mois. Il n’y aura pas d’agri de qualité s’il n’y a pas une distribution plus juste des revenus dans la société. »

 

Philippe Murer (Marine le Pen) a développé le risque de concurrence déloyale avec des pays européens ou hors Europe aux normes ou pratiques moins disantes.

 


[1] Chiffres Agence bio

[2] Chiffres étude Asteres pour Natexbio (nov 2016)