Environnement

Plus de 15 ans après l’introduction des premières plantes génétiquement modifiées à grande échelle en Amérique du Nord, il est désormais clair que la cohabitation entre filières OGM et non OGM est impossible, et ce à tous les stades de l’élaboration d’une denrée alimentaire. Dans cet article, retrouvez les raisons pour lesquelles cette cohabitation est impossible.

 

Constats :

 

A cause de la contamination des semences de base et de la contamination pollinique lors de leur multiplication, les semences commerciales conventionnelles de toutes les espèces végétales touchées par le génie génétique sont contaminées, à plus ou moins grande échelle, par des OGM dès lors que les deux types de production sont présentes sur le même territoire.


Quelle que soit l’espèce, et avec des taux différents selon que cette espèce est plus ou moins allogame, la culture sur un même territoire de plantes génétiquement modifiées et conventionnelles conduit à un taux de contamination des récoltes de ces dernières, ainsi qu’à des contaminations des champs, y compris ceux qui n’ont jamais été semés avec des variétés transgéniques (contamination pollinique, transport des semences par le ruissellement, les transports routiers…). En 2009, au Saskatchewan (Canada), la cohabitation est devenue impossible au point que le colza bio a totalement disparu du territoire, et l’ensemble des producteurs bio nord-américains considère comme proche le moment où toute culture de ces espèces touchées par les biotechnologies sera impossible en bio.


Sauf à séparer de façon totalement étanche les filières sans OGM et OGM, il est impossible d’éviter des contaminations à chaque stade qui va du champ à la distribution des denrées alimentaires. Par séparation totalement étanche, il faut entendre que les outils dédiés à la bio ne peuvent en aucun cas ni à aucun moment accepter un partage avec d’autres filières qui acceptent une certaine contamination par des ogm ; matériels de semis et de récolte, bennes et bateaux de transport, outils de fabrication, silos, etc. doivent être dédiés exclusivement à la bio sous peine de présence de trace d’ogm, ce qui renchérit d’autant les produits finaux.

 

Pourquoi la cohabitation est impossible :

 

Dès les premières autorisations de mises sur le marché des plantes génétiquement modifiées aux Etats Unis, les agrobiologistes du monde entier se sont prononcés contre leur utilisation dans leurs cultures, et dans l’alimentation de leurs animaux. Ce refus est basé sur plusieurs raisons :

 

1. L’agriculture biologique travaille sur une notion de système agricole complexe où chaque espèce, végétale ou animale, cultivée/élevée ou adventice/sauvage/parasite, a sa place dans un équilibre qu’il s’agit d’orienter vers un écosystème optimal en termes agronomique et économique, sans supprimer aucune de ses composantes, au nom du respect de la biodiversité. Introduire des plantes génétiquement modifiées dans les rotations bio risquerait de remettre en question cet équilibre, tant au niveau de l’écosystème aérien (plantes et animaux) que de celui des sols (bactéries et champignons).


2. Les plantes génétiquement modifiées dites « de première génération » présentent des caractères qui n’intéressent pas les bio, car ils ont développé d’autres méthodes de lutte pour arriver à un résultat similaire, méthodes qui risquent d’être parfois mises en péril par les PGM. Ainsi, à la résistance aux herbicides de certaines plantes, nous opposerons les grands progrès réalisés, à l’initiative des agrobiologistes, en désherbage mécanique ou thermique. A la résistance à certains insectes introduite dans les plantes, nous préférons favoriser les prédateurs de ces insectes, casser les cycles de reproduction par des rotations longues, semer des variétés tolérantes.


3. Les plantes génétiquement modifiées dites « de seconde génération », tendent à changer la composition nutritionnelle des espèces alimentaires afin, d’après leurs promoteurs, d’offrir aux consommateurs une alimentation plus équilibrée. Là encore, l’agriculture biologique, en promouvant la diversité alimentaire par la diversité de ses productions différents, se veut une réponse plus durable et considère que l’éducation de tous à une alimentation saine, variée et équilibrée vaut mieux que toute autre solution.


4. De nombreuses inconnues persistent en terme de sécurité alimentaire sur du long terme : si l’on connaît l’innocuité des protéines nouvelles introduites dans l’alimentation via les plantes génétiquement modifiées, on ne connaît pas grand chose en revanche sur les métabolites de dégradation de ces protéines, ni s’ils s’accumulent dans l’organisme à l’instar des pesticides consommés à très faibles doses par les consommateurs depuis des décennies. D’autre part, en l’état actuel de la technique, un gène introduit dans une plante par génie génétique l’est n’importe où sur un chromosome, et sans que l’on sache si l’introduction de ce(s) gène(s) interagit sur le reste du métabolisme de la plante. Enfin, ce gène d’intérêt agronomique ou alimentaire est inséré à l’intérieur d’une séquence plus large (morceau de bactérie ou de virus), sans que l’on sache très bien ce qu’il advient de cette séquence une fois introduite dans le génome de la plante génétiquement modifiée. Que dire du maïs SmartStax, autorisé en 2009 au Canada et aux Etats-Unis, et qui contient huit gènes ajoutés ?


5. De même, les inconnues environnementales sont nombreuses et non résolues du fait du manque de moyens mis pour les élucider, notamment ce qui concerne les écosystèmes des sols. Cependant, il est plus que probable que les plantes génétiquement modifiées actuelles n’ont pas d’avenir autre que d’appeler de nouvelles manipulations génétiques répondant aux résistances qui ne manqueront pas d’apparaître, d’autant plus rapidement que les mêmes caractères seront introduits dans des espèces cultivées de plus en plus nombreuses : la résistance des adventices aux herbicides est déjà un problème émergent en Amérique du Nord, notamment du fait des colzas sauvages et graines laissées aux champs après la récolte ; expérimentalement, des chercheurs ont obtenu, après 3 ans de culture, des colzas résistants aux trois classes d’herbicides qui ont fait l’objet de variétés « mono-résistantes » ; aux Etats-Unis, les faucheurs partent désormais à la rescousse des champs de cultures transgéniques assaillis par des mauvaises herbes d’une nouvelle génération : des amarantes surpuissantes sèment la pagaille sur des kilomètres de champs de coton et de soja OGM. Le canola tolérant à l’herbicide Roundup est devenu un gros casse-tête pour les agriculteurs canadiens, car les repousses de canola OGM sont tolérantes au Roundup, ce qui est un problème lorsqu’on veut cultiver une autre plante comme du blé. Les agriculteurs sont désormais forcés à utiliser des herbicides encore plus toxiques que le Roundup. Les plantes « insecticides », nous l’avons mentionnée plus haut, produisent des quantités très fortes de molécule active tout au long de leur vie, à la différence de la lutte biologique par la même molécule, et induiront d’autant plus rapidement des résistances chez les insectes cibles que les surfaces semées avec ces plantes s’accroîtront. Un insecte est parvenu, en 2008 et dans la nature, à développer une résistance à une toxine produite par une plante génétiquement modifiée pour l'éradiquer. D’autres, en laboratoire, sont résistants à plusieurs toxines BT : une étude (à lire prochainement dans Nature) de l’équipe du Pr. Tabashnik de l’Université d’Arizona, montre que des insectes peuvent développer des résistances à deux toxines différentes exprimées par la même PGM.


6. Enfin, il est clair que l’immense majorité des consommateurs qui achètent des denrées bio ne souhaite pas retrouver la moindre trace d’OGM dans ces denrées, et abandonnerait probablement ses achats si une certaine tolérance était aujourd’hui actée.



Cet ensemble d’arguments contre l’utilisation des PGM en agriculture biologique s’est traduit, dans l’ensemble des réglementations et cahiers des charges privées, par une exclusion totale des PGM, tant dans la pratique de l’agriculture biologique, que dans les denrées, animales et végétales, issues de cette agriculture. 

 

>> Pour consulter le guide des bonnes pratiques à la ferme destiné aux agriculteurs souhaitant éviter toute contamination, rendez vous dans la rubrique "nos publications"