Règlementation

Le Figaro a relayé la semaine dernière les résultats d’une étude des Instituts nationaux de la santé américains (NIH) révélant que la roténone et le paraquat favorisaient la maladie de Parkinson chez l’utilisateur. Or la roténone est une matière active naturelle, anciennement autorisée en bio dont l'utilisation a été prolongée jusqu'au 30 avril. Une excellente occasion pour certains de se déchainer contre l’agriculture biologique qui ne serait « pas plus sure que la conventionnelle » et contre les produits de traitements naturels « aussi dangereux voire même plus que les produits chimiques ». Remettons les choses à leur place.

 

La roténone est dangereuse pour l’utilisateur, pas pour l’environnement ni pour le consommateur car elle a une rémanence très faible. C’est cette caractéristique qui l’a placée dans les produits utilisables en bio, à une époque ou aucune étude n’avait soulevé sa toxicité pour l’utilisateur. Et les bio n’ont pas attendu cette étude américaine pour se poser des questions. La roténone est aujourd’hui en sursis et sera très bientôt totalement interdite en Europe (fin avril 2011).

 

Autre idée proprement démagogique : faire un parallèle entre la roténone et les préparations naturelles peu préoccupantes (dites PNPP) pour dénoncer la demande par les bio d’un cadre réglementaire allégé pour ces dernières. C’est oublier que dans PNPP, il y a « peu préoccupantes ». On parle d’ortie, de fougère, de prêle… des végétaux bien connu pour leur innocuité, y compris via la bibliographie médicale ou leurs usages alimentaires. Il est bien évident que des produits comme la roténone, le pyrèthre… , bien que naturels, ne peuvent entrer dans ce cadre et que personne ne le souhaite !

 

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Alors, pourquoi la roténone est-elle encore utilisée malgré les risques qu’elle pose ? Tout simplement parce que les arboriculteurs bio n’ont aujourd’hui aucune alternative homologuée. A cela plusieurs explications.

La première est la part insuffisante de la recherche sur les produits naturels et utilisables en bio aujourd’hui en France. Comparés aux moyens mis par l’Allemagne, la Suisse ou le Danemark, la France est loin d’être en tête.

 

Ensuite, il faut souligner l’inadéquation du cadre réglementaire actuel pour les produits naturels. Les agriculteurs ne demandent pas la même stabilité ou la même efficacité à un produit naturel qu’à un produit chimique. En les utilisant, ils ne cherchent ni effet biocide ni éradication. Si les pratiques d’évaluation de ces produits sont en cours d’amélioration, elles restent encore largement inadaptées.

 

Enfin, l’importance de l’investissement à réaliser par les fabricants de produits phytosanitaires pour homologuer des produits autorisés en bio (en coût et en temps) est disproportionnée au regard d’un marché encore trop petit.

 

Ces contraintes, la filière bio les gère au jour le jour et continue à chercher l’amélioration. Elle s’appuie sur des bases déjà sérieuses puisque seules une quinzaine de matières actives (toutes naturelles) sont autorisées en France en agriculture biologique sur les plus de 700 autorisées en général 1.

 

1 : Source http://e-phy.agriculture.gouv.fr/